Marc Levy

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Pays : France Éditeur : Paris Match
Parution : 20/07/2010

Marc Levy dresse le portrait d'un indomptable

 Dans un livre qui lui est dédié, j'ai un jour trouvé une photo de William Claxton, tirage daté de 1962, un noir et blanc pris sur le tournage de «Une certaine rencontre». Steve McQueen porte chemise blanche et pantalon noir, son éternelle cigarette à la bouche. La cigarette est, depuis, interdite, la voiture a vieilli, mais pas l'acteur. Il semble avoir traversé les décennies avec ce même regard insolent qu'il adressait à l'objectif. Ses choix vestimentaires, son look, son visage d'ange rebelle et son regard foudroyant en ont fait un homme intemporel, d'une modernité déroutante. La vie de ce seigneur de la séduction commença pourtant dans la misère et la brutalité de la crise de 1930, et sa légende était peut-être écrite dans ses gènes.

Ses cris de nourrisson étaient noyés dans les hurlements de ses parents. Six mois après avoir mis Terence Steve McQueen au monde, le 24 mars 1930, dans un petit hôpital d'Indianapolis, sa mère, âgée d'à peine 19 ans, quitta son père, un ancien pilote, tête brûlée, accro du jeu, qu'elle avait rencontré alors qu'il faisait de la voltige aérienne à bord d'un petit coucou dans une fête de campagne. Elle alla s'installer dans les quartiers Est de Los Angeles.
Steve McQueen grandit dans ces faubourgs où s'affrontaient les gangs. Il ne connaîtra presque pas l'école, sa mère, au chômage, a un penchant pour la bouteille, son beau-père est un homme agressif, l'adolescent vire à la vie sauvage. Le domicile familial n'est qu'un refuge de tout dernier recours. Effractions, vols de voitures, il traîne dans les bars, testant toutes les boissons alcoolisées, cherchant celle qui sera plus forte que lui. À 13 ans, il découvre les voitures et le sexe. Tout ce dont il se souvient, c'est d'être devenu un homme par une après-midi, dans une maison du voisinage, la fille avait les cheveux noirs et cette première fois n'eut rien d'un coup d'éclat.
Son enfance fut celle d'un loubard, mais sa vie de voyou s'arrêta le jour où il entra de force, à 15 ans, dans un centre de rééducation juvénile. À l'écart des rixes de rues, où il était toujours le premier à se jeter dans la mêlée, le matricule 3188, taciturne qui travaillait à la lingerie et passait son temps libre à faire des bouquets de fleurs artificielles, apprit une certaine discipline. L’endroit lui donna envie de prendre sa vie en main.

Après quatorze mois passés au centre de rééducation, McQueen en partit avec un début d'éducation et de nouveaux objectifs en poche. Il retrouva sa mère en territoire étranger, à New York. Traînant dans les rues de Greenwich Village, le quartier bohème de la ville, il fut fasciné par la diversité culturelle, les différences de couleurs, le parfum de folie qui animait ce quartier aux rythmes de rock et de jazz, les artistes que l'on croisait dans les bars et cafés.
Et dans cet univers où il renoue avec la bouteille et les petits larcins, il va de petits métiers en petits métiers. Barman à mi-temps, vendeur à la sauvette, il quitte New York, s'engage comme ouvrier du pétrole au Texas, puis comme bûcheron au Canada, entraîneur de salle dans un cirque itinérant, avant d'incorporer l'US Marine. Il navigue jusqu'à Saint-Domingue, passe en cour martiale et écope de quarante et un jours de mitard, à l'eau et au pain sec, parce qu'il a fait le mur pour aller retrouver une fille. McQueen prend l'autorité en grippe et quitte l'armée. Il dort à côté d'un bordel où il travaille comme videur la nuit. Il dira tantôt qu'il était entouré des plus belles filles du monde, tantôt le contraire, affirmant qu'il était ce qu'il y avait de plus élégant dans cet endroit sordide. Sa première maîtresse est la moto, il en répare à longueur de journée et finit par s'en acheter une. Un soir, il lorgne une petite blonde aux longs cheveux retenus par une queue de cheval. Donna Barton est une jeune chanteuse anglaise, anciennement mariée au batteur de l'orchestre de Glenn Miller. C'est elle qui offre à ce garçon des rues cette touche d'élégance dont il ne s'est jamais départi. Ils dînent ensemble, elle règle l'addition, Steve est fauché, et il emménage chez elle. C'est elle qui lui met le pied à l'étrier. Elle le présente au directeur d'une école de théâtre du quartier. Il passe une audition, décroche un premier rôle dans une pièce, 40 dollars pour une réplique qui restera sa devise «Nothing will help», traduisez «Il n'y a rien à faire».
Il crève de faim. Le soir, il retrouve un copain de jeu, un certain Harry Belafonte, qui travaille dans un troquet. Quand le patron ne leur prête pas attention, Belafonte passe deux pommes de terre au mixeur avec de la crème et du beurre, et les sert en douce à son camarade, affamé.
Steve vit toujours avec Donna, il aime son élégance anglaise qui déteint sur lui. Le week-end, il l'emmène loin de la ville tirer au fusil sur des corbeaux, elle finit par mieux viser que lui, Steve ne supporte pas qu'une femme le dépasse. «Il suffisait de lui dire qu'il était merveilleux pour le calmer», déclare-t-elle.

Les jours heureux seront bientôt derrière eux, Steve est un macho de la vieille école, sa conception de la vie de couple se résume à «une femme se doit de rester à la maison et de s'occuper de son mari». Autre paradoxe pour un homme qui est toujours un séducteur des temps modernes… Son tempérament de feu le poussera jusqu'à incendier leur appartement. «Un accident», déclarera-t-il, après avoir menacé sa compagne de ne plus avoir de toit sous lequel dormir si elle ne se pliait pas à ses volontés. Leur séparation met un terme à trois ans de vie commune.
Dans un restaurant où il dîne en compagnie de Ben Gazzara, il rencontre Neile Adams. Elle a 21 ans, la peau mate, c'est une brune pétillante. En la voyant, il renverse son plat de spaghettis, elle sourit, ils ne se parlent pas, juste un échange de regards.
Deux jours plus tard, il l'attend à la sortie des coulisses du théâtre de Broadway où elle chante dans le chœur d'une comédie musicale. Ils ont l'essentiel en commun, une enfance malheureuse, un père absent, elle a connu avec sa mère les camps de concentration japonais quand l'armée de l'Empereur avait envahi les Philippines. Elle a, comme lui, connu la faim et l'envie de revanche sur la vie, ce sont deux survivants.

Il part tourner à New York, elle reste à Hollywood, trois jours de conversations téléphoniques nocturnes, il la demande en mariage, ils se connaissent depuis trois mois. En 1957, elle gagne 50 000 dollars, lui, 6 000; parce qu'il est soucieux de leur différence de revenu, elle met un terme à sa carrière et se consacre à son foyer dans la maison qu'ils louent dans le North Hollywood.
La série télévisée «Au nom de la loi», tournée l'année précédente, connaît un succès retentissant. Un fusil à canon scié en main, assis sur un cheval fougueux, McQueen devient l'icône d'une Amérique virile et puritaine, assoiffée de justice et de puissance. Sa carrière cinématographique décolle, il enchaîne «Blob» et «Never Love a Stranger», et avec ce qu’il gagne, commence à acquérir les premières pièces d'une collection de motos qui en comptera jusqu'à cent cinquante. Il a la course dans le sang, c'est la seule chose qui l'apaise, la vitesse et le bruit des bolides les seules échappatoires à ses mauvais démons qui ne le lâchent jamais.
En 1959, Neile lui offre une fille, Terri. McQueen espérait un garçon. Son vœu est exaucé l'année suivante avec la naissance de Chadwick. «J'ai un fils qui a des airs d'Al Capone», déclare t-il fièrement en sortant de l'hôpital.

1963, après le succès de «La grande évasion», il achète une immense propriété dans les hauteurs de Brentwood, avec un gigantesque portail électrique, parce qu'il ne veut pas qu'on vienne l'ennuyer. Son côté machiste le rend encore plus populaire. Mais lorsque McQueen part tourner «Une certaine rencontre», Nathalie Wood, sa partenaire à la scène, devient aussi sa compagne d'un temps. Leur histoire d'amour new-yorkaise prend fin à Los Angeles. McQueen est un puritain à ses heures, les femmes mariées sont intouchables, les hommes mariés se doivent de l'être tout autant. Si à New York la distance qui le séparait de son épouse l'autorisait à se sentir presque célibataire, de retour en Californie, sa vie d'homme marié se devait de reprendre le dessus.

Après une année loin de la scène, il renoue avec le cinéma et tourne l'un des films cultes de sa carrière, «Bullit». Sa partenaire s'appelle Jacqueline Bisset, elle est l'une des plus jolies actrices du monde, elle est l'élégance incarnée, elle tombe sous le charme du voyou rebelle aux yeux bleus, séduite par son langage déroutant de simplicité pour une ravissante bourgeoise. Elle parle de lui comme d'un félin, un chat sauvage.

Las de ses aventures extraconjugales, Neile a repris une vie sociale, Steve a renoué avec la course automobile. Lorsqu'ils célèbrent leur douzième anniversaire de mariage, la fin de leur union n'est plus très loin. Le couple se sépare.
Lors du tournage de «Guet-apens», dans la chaleur du Texas, naît une romance improbable. Ali MacGraw, longiligne héroïne de «Love Story», divorcée du producteur du même film, tombe dans les bras de son partenaire. Un couple impossible, une rencontre d'opposés, celle d'une intellectuelle et d'un enfant terrible. Elle correspond à son idéal féminin, elle est élégante, brune et s'entend bien avec Chad et Terri.

Le couple vit à cent à l'heure. Steve McQueen s'épuise physiquement sur le tournage de «Papillon», Ali voyage sans cesse entre Madrid, lieu du tournage, et les États-Unis où elle vit avec son jeune fils, Shanon, dont elle a la garde, il est sa priorité absolue. De retour sur le continent américain, remis d'une pneumonie, Steve épouse Ali sous un arbre dans un parc municipal de Cheyenne, Ali en robe rouge et haut blanc, McQueen dans un vieux jean denim. Ils vivent heureux dans leur maison de Malibu. Mais après le tournage de «La tour infernale», qui fait de lui l'acteur le mieux payé d'Hollywood, les démons de McQueen resurgissent, leur relation devient tumultueuse, les bagarres du couple font la une des journaux à scandales. Il fume soixante cigarettes par jour, vit reclus dans sa maison, n'en sort qu'en compagnie de ses chiens pour se promener le long de l'océan ou pour enfourcher ses motos. Il prend du poids, se laisse pousser la barbe. Ali s'ennuie, elle a besoin de stimulation intellectuelle. Le dernier été qu'ils passent ensemble, elle coupe ses longs cheveux que McQueen aimait tant, comme un ultime acte de défi. Le couple se sépare. McQueen traîne de bar en bar, il est méconnaissable. À ses compagnons d'un soir, il dit qu'il était dans le cinéma, s'attribue le nom d'un héros de roman qu'il est en train de lire. Personne ne suspecte qui il est. McQueen rappelle ses anciennes conquêtes, Donna revient un temps dans vie, Neile aussi.

Nouvelle liaison, avec Linda Evans, partenaire du film «Tom Horn». Pendant un temps, ils sont inséparables. Un temps seulement. Les deux étaient malheureux, les deux se sentaient seuls. La romance ne dure pas, McQueen a déjà rencontré sa troisième et dernière épouse. Celle qui l'accompagnera jusqu'à la mort. Barbara Minty a 24 ans, elle est top model new-yorkaise, elle aime, comme lui, les chevaux et les grands espaces. Elle n'est pas plus impressionnée que ça par la star. Leur romance commence doucement. Elle a la dévotion d'une jeune innocente et abandonne le mannequinat. McQueen achète un petit ranch dans les montagnes du Sud, ils s'y installent. Alors qu'il tourne «Le Chasseur de Chicago», Steve confie au romancier dont on adapte l'histoire: «J'ai commencé ma carrière comme un cow-boy chasseur de primes, je vais terminer ma vie de cette façon.» Triste prophétie pour un homme qui ne sait pas encore qu'il est malade. Sur le tournage, une jeune fille de 13 ans tient un petit rôle, elle révèle à la star que tous ses cachets servent à payer les soins de sa mère atteinte d'un cancer. McQueen et Barbara se rendent au chevet de celle-ci, quand elle meurt, ils adoptent la jeune fille. Mais peu de temps après, c'est Barbara qui conduit Steve pour un check-up. Le bilan tombe, il est atteint d'un cancer du poumon, excès de tabac et contamination à l'amiante.
Rebelle face à la vie, McQueen l'est tout autant face à la mort, il se bat jusqu'au bout, consulte médecins et rebouteux, suit des traitements controversés, part au Mexique se faire opérer. Ses derniers mois d'existence, il renouera avec tous ceux qui ont eu à subir ses colères, femmes et anciens amis; il leur présente ses excuses, regrette ses excès de comportement. À chacun, il annonce dignement qu'il n'en a plus pour longtemps.

Steve McQueen n'a eu peur ni de la vie ni de la mort. C'était un insoumis, un sauvage au cœur tendre, un homme meurtri par l'enfance, aussi égoïste que généreux, un amoureux fou de la liberté, des engins de vitesse, des femmes, de la fulgurance. Tout cela fait partie de sa légende, mais cette légende est une réalité qui a guidé sa vie et qui perdure, car si la vie a eu raison de lui, il a fini par vaincre la mort. Trente années après sa disparition, il tourne encore des films publicitaires, apparaît sur les pages de nos magazines, le sourire aux lèvres, le regard bleu bien au présent et séduit, encore et encore.

 

Biographie de l'auteur - Marc LEVY

Marc Levy est né le 16 octobre 1961 en France.
À 18 ans, il s'engage à la Croix Rouge Française où il passe 6 ans à divers postes. Parallèlement, il étudie la gestion et l'informatique à l'Université Paris Dauphine.
En 1983 il crée une société spécialisée dans les images de synthèses en France et aux États-Unis. En 1989 il perd le contrôle de son groupe et démissionne.
À 29 ans, repartant de zéro, il rentre à Paris et fonde avec deux amis une société de travaux de finitions qui deviendra l'un des premiers cabinets d'architecture de bureau en France.

À 37 ans, Marc Levy écrit une histoire à l'homme que deviendra son fils Louis. Encouragé par sa sœur scénariste (aujourd'hui réalisatrice), il envoie ce manuscrit aux Éditions Robert Laffont qui acceptent aussitôt de publier Et si c'était vrai. Peu avant la sortie du roman, Steven Spielberg (Dreamworks) en acquiert les droits d'adaptation cinématographique. Le film, intitulé Just Like Heaven, produit par Steven Spielberg, interprété par Reese Whitherspoon et Mark Ruffalo, s'est classé premier du box-office américain lors de sa sortie en 2005.
Après la publication de son premier roman, Et si c'était vrai, en 2000, Marc Levy se consacre exclusivement à l'écriture. Tous ses romans figurent dès leur parution en tête des ventes annuelles en France et connaissent un succès international. 

Marc Levy a écrit quelques nouvelles et a réalisé un court métrage pour Amnesty International, La lettre de Nabila. Il a également écrit des chansons pour différents artistes, dont Johnny Hallyday. 
Son roman Sept jours pour une éternité a été adapté en bande dessinée par Corbeyran et Espé. La première partie est sortie le 18 aout 2010, la seconde partie le 23 mars 2011.
Son roman Les Enfants de la liberté a été adapté en bande dessinée par Alain Grand. La BD a été publiée le 25 septembre 2013.

Son nouveau roman Une Fille comme elle a été publié en France le 18 mai 2018.

Ses 18 romans précédents, traduits en 49 langues, ont été publiés à plus de 42 millions d'exemplaires. Marc Levy est l'auteur français le plus lu dans le monde.

Un succès à travers le monde  

« Tout simplement magique. » - New York Post (USA)

« Une aventure haletante autour du monde… Palpitant. » - La Stampa (Italie)

« Les romans de Levy nous captivent. Le lecteur se retrouve complètement envoûté. » - Bild am Sonntag (Allemagne)

« Les romans de Marc Levy sont amusants et magnifiques. » - La Vanguardia  (Espagne)

« Les grands écrivains réussissent à créer d’excellentes histoires à partir de la vie de tous les jours, les expériences et les sentiments du quotidien étant difficiles à exprimer. Marc Levy est véritablement un grand écrivain. » - Beijing Youth Daily (Chine)

« Ce premier roman, écrit par un Français, est bien sûr le livre le plus romantique de l’été. » - Glamour (USA) 

Pour en savoir plus : Des citations de presse du monde entier

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