Marc Levy

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Pays : France Éditeur : Le Monde
Parution : 07/10/2010

En finir avec la haine

 
C'est un roman bouleversant, un roman rare qui vous attrape le cœur. C'est un roman sur la haine qui goute et sédimente dans nos veines ; celle cachée, inavouée car inavouable. C'est un roman qui donne envie d'aimer pour s'en sortir, comme seul remède à se sauver du mal qui nous ronge, de cette mélancolie du bien-être et de l'espoir qui ont fichu le camp. C'est un roman sur chacun d'entre nous, sur ce que nous sommes devenus ou risquons de devenir.

C'est un roman écrit d'une plume magistrale, un livre où l'on entend le vent souffler sur les paysages de Giono, un roman où l'on croise des gueules cassées comme on n’en avait pas vues depuis longtemps, parce qu'on a cessé de regarder son voisin de peur aussi de prendre une baffe ou un coup de couteau. C'est un roman plus puissant qu'un roman de Faulkner car il est d'aujourd'hui.
C'est le livre d'un immense auteur, un livre accompli, inoubliable, mais oublié des prix parce que c'est un roman qui dérangea d'être si présent, si intemporel qu'il ne pouvait être à la mode.

L'Arabe, d'Antoine Audouard raconte l'histoire d'un homme qui vit en retenant son souffle, parce qu'il se sait déjà condamné, un homme coupable de ses origines, de sa différence, coupable d'exister ici alors qu'on le voudrait ailleurs. C'est aussi l'histoire d'une femme, sauvageonne et magnifique dans sa détresse, celle de quelques types qui luttent, vaccinés par leur bon sens contre la bêtise humaine, l'histoire d'un vieil homme du Sud, au crépuscule de la vie, dernier gardien de la raison des autres, dans un village de pierre sèches mais pas autant que le cœur de ceux qui l'habitent. C'est l'histoire d'un Berbère qui sera désigné responsable du premier crime venu et de tout ceux qui suivront, parce qu'il est l'étranger, parce que quand plus rien ne va, quand l'ennui a peuplé nos vies, il est plus rassurant que le mal qui nous ronge soit de la faute des autres. C'est un roman, mais n'est-ce pas dans ce monde-là que nous vivons aujourd'hui ?
L'Arabe d'Antoine Audouard, c'est l'histoire de notre ignorance, de l'ignorance de ceux qui nous gouvernent et qui n'ont rien appris de l'histoire des peuples qu'ils prétendent diriger vers un futur meilleur que les hier.
A défaut de savoir comment bâtir une nouvelle cité qui réunisse les hommes, les aide à aimer leurs différences si complémentaires, à défaut d'avoir su réinventer un projet de société digne d'un nouveau siècle impaire, nos grands hommes ne passent-ils pas leur temps à réinventer l'art de diviser pour mieux affirmer leur pouvoir ?
Tristes âmes errantes dans les palais de la République et des ministères sécuritaires, d'où l'on regarde les bas quartiers, les vieux villages en déshérence, étonnés de la violence qui s'y produit, violence et haines qu’ils n’ont cessé de semer et de nourrir depuis des années.
Ce que nous montre de façon si terrifiante le roman d'Audouard, c'est qu'à défaut d'idées, un coupable suffit pour nous occuper. Un coupable, cela nourrit les conversations de café. La Coupe du monde en fut un exemple. Les perdants, ça n'intéresse personne, mais désigner des coupables, montrer du doigt, juger et retrouver le pouvoir de condamner, voilà qui sauve de l'impuissance. Trouver un coupable, c'est rassurant. C'est un roman qui dessine, comme un tableau de maître, les côtes d'un vieux pays, qui croit depuis trop longtemps qu'il est occis par les flux migratoires ; ceux qui déferlaient jadis de l'Orient et désormais de l’Est. Un pays, faible de sa vieillesse au lieu d'être fort de sa sagesse, un pays apeuré par la jeunesse, la sienne et celle de l’Europe qui l'englobe. C'est toujours de la faute des jeunes.
Si seulement l'Arabe d'Antoine Audouard avait attendu un an de plus, peut-être aurait-il échappé à son sort, au passage à tabac et aux brûlures de cigarettes qui, traversant sa chair, allèrent jusqu'à lui brûler l'âme. Parce qu'à un an près, ça aurait été la faute aux Roms !
Puisqu’en les arrêtant, en les expulsant, en broyant leurs caravanes qui stationnaient sur les parkings avec leurs airs insupportables de bidonvilles mobiles, la France va mieux ; maintenant que tout cela est fait et qu'à la fin d'un bel été la France fut assurée de retrouver sa grandeur, d’être admiré et respecté, de par le monde, pour ses valeurs. Un pays sauvé d'avoir enfin appris de quoi était faite son identité nationale, si belle qu'elle se consolidera désormais avec le poids des années. Maintenant qu'il y aura des Français de courte date aux côtés des Français de longue date, dont les droits ne seront plus tout à fait les même. Deux divisions pour mieux gouverner notre France, éprise de liberté, ouverte et généreuse.
Oh, rassurons-nous, nous ne sommes pas seuls. Nos voisins ne font guère mieux, Wallons et Flamands sont en train d'en découdre jusqu'à découdre leur beau pays qu'ils réduiront en lambeaux. La grandeur des hommes politiques du XXIe siècle marquera l'histoire des civilisations. Il faut dire que le métier de politicien a ses spécificités, c'est un métier qui vous colle à la peau.
Que nos gouvernants ou chefs de partis se soient trompés, qu'ils aient changé de discours pour dire le contraire de ce qu'ils prétendaient naguère, qu'ils soient condamnés par la justice pour avoir trempé dans des affaires, ils sont comme ces statues auxquelles ils rêvent, indéboulonnables. Quelques mois de silence quand il y a eu faute grave et ils ressurgissent, le verbe encore plus sûr. « Pourquoi je n'ai pas une chance avec vous ?, demande l'Arabe d'Antoine Audouard.
- Parce que tu es du mauvais côté au mauvais moment dans le mauvais pays, répond le gendarme. Parce que la peur domine et que tout le monde s'en fout de l'injustice commise à un Arabe, Berbère ou pas. Parce que tu es seul ! »
Nous sommes drôlement seuls au milieu des autres, et plus personne dans les palais de la république ne veut entendre parler de fraternité, d'amitié, de beauté, d'éducation, de mains tendues à la jeunesse, de la beauté des métiers. Les instituts de sondage l'ont déclaré : ce que nous voulons c'est de la sécurité.
Alors, pour montrer que nous sommes tous ici et là en sécurité, quoi de mieux qu'un bon coupable, même quand il est innocent. Et la presse dans tout ça, ce dernier pouvoir, rempart des libertés ?
Antoine Audouard nous dit la vérité dans la bouche de son gendarme, qui croit encore à une certaine morale.
"Ils ne publieront pas des conneries pareilles".
- Ils publieront, parce que c'est une histoire, lui répond une collègue, et quand il sera prouvé que c'était du pipeau, il y aura deux lignes en italique." La collègue a tragiquement raison. C’est un roman qui vous fera traverser des paysages plus chargés d'humanité que les hommes qui les ont défigurés.
C'est un roman pur et dur, une œuvre magistrale qu'il faut faire lire au collège, au lycée, parce que c'est un roman qui peut encore sauver du mal de l'ignorance : la peur de l'autre. Et en refermant ce livre poignant qui me retourne encore, une question me hante: qu'allons-nous faire de notre humanité ?

Biographie de l'auteur - Marc LEVY

Marc Levy est né le 16 octobre 1961 en France.
À 18 ans, il s'engage à la Croix Rouge Française où il passe 6 ans à divers postes. Parallèlement, il étudie la gestion et l'informatique à l'Université Paris Dauphine.
En 1983 il crée une société spécialisée dans les images de synthèses en France et aux États-Unis. En 1989 il perd le contrôle de son groupe et démissionne.
À 29 ans, repartant de zéro, il rentre à Paris et fonde avec deux amis une société de travaux de finitions qui deviendra l'un des premiers cabinets d'architecture de bureau en France.

À 37 ans, Marc Levy écrit une histoire à l'homme que deviendra son fils Louis. Encouragé par sa sœur scénariste (aujourd'hui réalisatrice), il envoie ce manuscrit aux Éditions Robert Laffont qui acceptent aussitôt de publier Et si c'était vrai. Peu avant la sortie du roman, Steven Spielberg (Dreamworks) en acquiert les droits d'adaptation cinématographique. Le film, intitulé Just Like Heaven, produit par Steven Spielberg, interprété par Reese Whitherspoon et Mark Ruffalo, s'est classé premier du box-office américain lors de sa sortie en 2005.
Après la publication de son premier roman, Et si c'était vrai, en 2000, Marc Levy se consacre exclusivement à l'écriture. Tous ses romans figurent dès leur parution en tête des ventes annuelles en France et connaissent un succès international. 

Marc Levy a écrit quelques nouvelles et a réalisé un court métrage pour Amnesty International, La lettre de Nabila. Il a également écrit des chansons pour différents artistes, dont Johnny Hallyday. 
Son roman Sept jours pour une éternité a été adapté en bande dessinée par Corbeyran et Espé. La première partie est sortie le 18 aout 2010, la seconde partie le 23 mars 2011.
Son roman Les Enfants de la liberté a été adapté en bande dessinée par Alain Grand. La BD a été publiée le 25 septembre 2013.

Son nouveau roman Une Fille comme elle a été publié en France le 18 mai 2018.

Ses 18 romans précédents, traduits en 49 langues, ont été publiés à plus de 42 millions d'exemplaires. Marc Levy est l'auteur français le plus lu dans le monde.

Un succès à travers le monde  

« Tout simplement magique. » - New York Post (USA)

« Une aventure haletante autour du monde… Palpitant. » - La Stampa (Italie)

« Les romans de Levy nous captivent. Le lecteur se retrouve complètement envoûté. » - Bild am Sonntag (Allemagne)

« Les romans de Marc Levy sont amusants et magnifiques. » - La Vanguardia  (Espagne)

« Les grands écrivains réussissent à créer d’excellentes histoires à partir de la vie de tous les jours, les expériences et les sentiments du quotidien étant difficiles à exprimer. Marc Levy est véritablement un grand écrivain. » - Beijing Youth Daily (Chine)

« Ce premier roman, écrit par un Français, est bien sûr le livre le plus romantique de l’été. » - Glamour (USA)

 

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